Exilés : contre déni et politique du mistigri, faire face à nos responsabilités

Publié le par Europe Ecologie-Les Verts Hautes-Pyrénées

Exilés : contre déni et politique du mistigri,

faire face à nos responsabilités

Le choix des mots a un sens : certains parlent de "clandestins", d'autres de "réfugiés" ou de "migrants". Nous préférons parler d'exilés.

Exilés car ce n'est pas de gaieté de coeur que l'on abandonne son pays, son passé, sa famille et ses amis pour se lancer dans la périlleuse aventure d'aller construire un futur hypothétique ailleurs.

Depuis quelques mois, le flot en provenance de Syrie un peu tari par l'accord UE-Turquie s'est remis à monter vers l'Europe en provenance d'Afghanistan ou du Soudan, plus que jamais déchirés par la guerre civile, ou l'Erythrée, cauchemar totalitaire, l'Albanie et la Tchétchénie, pays ravagés par la corruption... car la porte une fois fermée du côté turc, d'autres voies d'entrées ont été investies par les réseaux de passeurs.

En France, ce flot se concentre sur deux lieux très visibles : Paris et Calais.

Face à cette situation, le gouvernement est le moins bien placé pour pratiquer le déni.

Il s'est donc résolu à présenter un plan visant à répartir cette population sur le territoire national et en finir avec les situations inacceptables de Calais et Paris.

Il n'en a pas fallu davantage pour que certains maires de droite se déchaînent dans une belle incohérence.

La Maire de Calais trouve que ça ne va pas assez vite : « Ça fait un an que je demande le recours à l’armée pour pouvoir encadrer le périmètre de ce camp, ça n’a pas été fait ». Natacha Bouchart, la maire de Calais s'agace elle de l'immobilisme du gouvernement chez nos confrères d'Europe 1.

« Je veux que ma population puisse revivre sereinement et je n’arrive pas à entendre, en tous les cas si c’est ce message que l’on va nous expliquer, qu’on va démanteler le camp en plusieurs mois », poursuit-elle.(«Jungle» de Calais: le ton monte entre la maire et le ministre de l'Intérieur Par RFI Publié le 02-09-2016 Modifié le 03-09-2016 à 01:04 )

Le Maire de Lavaur, lui, trouve que ça va trop vite : "A Lavaur on ne veut pas de centre d'accueil (...) L'Europe entière sait désormais ce qu'il s'est passé à Cologne en Allemagne. Les incidents et les affrontements quotidiens à Calais dissuadent tous les maires de France d'accueillir ce genre de population (...) s'il venait au préfet l'idée de réquisitionner un bâtiment municipal pour en faire un centre d'hébergement, en tant que maire je changerai les serrures !" ("La Dépêche du Midi" , 14-9-16)

Au déni prolongé de la situation par l'Etat, s'ajoute donc à présent la "politique du mistigri" des élus locaux.

Aussi faut-il rappeler quelques vérités :

-Dans le Calaisis, la double barrière juridique du traité du Touquet (qui fixe les conditions de la sous-traitance à la France du contrôle de la frontière britannique) et des accords de Dublin III (qui obligent les demandeurs d’asile à déposer leur demande dans le premier pays de l’UE traversé) rend impossible que Soudanais, Syriens, Irakiens, Erythréens, Afghans… demandent l’asile au Royaume-Uni. En 2014, le Royaume-Uni n’a ainsi reçu que 30 000 des 630 000 demandes d’asile enregistrées dans l’Union européenne. Ce nombre, en baisse depuis plusieurs années, ne devrait pas connaître d’évolution majeure en 2015, alors même que les arrivées dans l’UE ont connu une augmentation qualifiée d’« historique ».

Par ailleurs :

-Ces camps et autres bidonvilles sont le fruit de politiques européennes constamment réaffirmées, bien que mises en échec par les stratégies de contournement des migrant·e·s : l’utopie de frontières ouvertes aux seuls privilégiés de la mondialisation conduit à l’institutionnalisation de la maltraitance des exilé·e·s et non à mettre fin à l’exil…

Les dispositifs de surveillance et de contrôle (barrières de Ceuta et Melilla ou à l’entrée de la Macédoine, murs aux frontières gréco-turque et serbo-hongroise, patrouilles de l’agence Frontex et opération Sophia en Méditerranée…) sont censés maintenir les migrant·e·s loin de l’Europe. Ils interviennent en complément des politiques de non-délivrance de visas et de coopération avec les pays dits d’origine – y compris les plus dictatoriaux – appelés à entraver les départs. Les droits fondamentaux de millions de personnes, notamment celui de demander l’asile, sont ainsi bafoués. Faute de voies légales d’accès aux territoires européens, elles sont condamnées à des persécutions policières, à l’exploitation de leur misère par des passeurs, et à la survie dans des conditions d’extrême précarité. Ces dernières ne peuvent qu’aggraver les traumatismes liés aux guerres et aux violences multiples auxquelles ces exilé·e·s tentent d’échapper.

(Déclaration de Calais du réseau Migreurop, 18-12-15)


Il est donc parfaitement vain, et particulièrement hypocrite de la part d'élus soi-disant "responsables" de faire comme si le recours à l'armée ou une fermeture plus étanche (par quels moyens ?) des frontiières suffiraient à résoudre tout problème.

Par ailleurs, l'entretien systématique de peurs délirantes et irraisonnées par ces élus dénote leur totale irresponsabilité.

Il est au contraire de leur devoir de se renseigner sur la réalité de l'accueil des exilés réalisé sans problème dans de nombreuses communes, pour rassurer leurs administrés et permettre la démultiplication des lieux d'accueil. Seule une telle dynamique peut permettre une bonne insertion des exilés (parmi lesquels, ils l'oublient systématiquement, de nombreux femmes et enfants).

Publié dans politique nationale

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