Débat national sur la transition énergétique : un débat capital

Publié le par Europe Ecologie-Les Verts Hautes-Pyrénées

 

Pour introduire le débat national sur la transition énergétique :

 

Nous, écologistes, nous satisfaisons de la tenue d’un débat national sur la transition énergétique. Enfin, les Français vont pouvoir discuter et décider de leur avenir énergétique. Potentiellement, les citoyens pourront choisir une voie alternative à celle qui leur a été imposée comme unique modèle jusqu’à présent. Le système énergétique est central dans la vie d’une société : il conditionne la bonne santé de son économie et des emplois qui vont avec, il conditionne la qualité de vie, la protection de l’environnement et la durabilité de la société.

Néanmoins, il faudra que les modalités du débat permettent une participation effective du peuple, que le débat soit pluraliste, y compris dans l’expertise, et que les décisions prises tiennent pleinement compte des conclusions qui en sont issues. L’organisation proposée actuellement inquiète et atténue sérieusement l’enthousiasme initial : les instances organisatrices n’ont toujours pas été installées -à l’exception d’une première annonce très inquiétante relative au comité de pilotage-, les modes de décision sont obscures, l’articulation du débat national et décentralisé est imprécise, l’expertise serait placée en situation de censeur alors que l’on attendrait des éclairages contradictoires… Nous, écologistes, souhaitons que les modalités d’organisation du débat soient précisées et amendées au plus vite, dans le sens des demandes portées par les organisations non gouvernementales de protection de l’environnement, exprimées à la Ministre notamment par leur lettre du 24 octobre 2012.

Nous, écologistes, espérons qu’un débat correctement organisé sera l’occasion pour qu’enfin la France commence à se défaire de cette chape de plomb que constitue le nucléaire. Notre position est bien connue : nous sommes opposés à l’utilisation de la technologie nucléaire et nous pensons raisonnable d’en sortir en moins de 20 ans. Contrairement à ce que les tenants de l’atome assènent, cette position ne relève pas du dogmatisme, mais est la résultante d’une analyse poussée des enjeux économiques et sociaux, technologiques et environnementaux. Non, le nucléaire n’est pas «  bon marché  ». Non, le nucléaire n’est pas gage d’indépendance. Oui, le nucléaire présente des dangers irréversibles que l’on ne peut passer par pertes et profits. Jamais en France, le peuple n’a été consulté d’une manière ou d’une autre sur ce choix technologique qui nous engage tous. Nous souhaitons que le débat national soit l’occasion d’écouter nos arguments sans nous caricaturer. Qu’il soit l’occasion d’engager une discussion honnête, car, nous en sommes convaincus, l’honnêteté et la rigueur intellectuelle sont favorables à notre analyse.

Cependant le débat énergétique ne saurait se limiter à la seule question du nucléaire. Rappelons que seulement 17% de l’énergie finale consommée en France est d’origine nucléaire. L’électricité, et donc le nucléaire, ne sont qu’une petite partie de l’enjeu : la transition énergétique est une problématique bien plus vaste et il est vital que l’ensemble du système énergétique soit questionné pour être pensé.

Nous, écologistes, affirmons clairement que deux autres périls guettent l’humanité  avec une intensité similaire au danger nucléaire : le changement climatique d’une part et la raréfaction des ressources fossiles d’autre part.

 

Le changement climatique a disparu de l’horizon politique depuis l’échec de la Conférence de Copenhague. Pourtant il s’accélère et les dernières données scientifiques indiquent que nous sommes, d’année en année, sur le chemin d’un scénario catastrophe. Ce n’est pas parce que nous avons décidé de fermer les yeux que le problème disparait. Le changement climatique a déjà des impacts sur nos sociétés et nous en souffrirons nous-même au cours de ce siècle, avant que ce soit le tour de nos enfants. Jamais la Terre n’a connu un changement si rapide et d’une telle ampleur.

La pénurie des ressources non renouvelables, et en particulier la pénurie en énergies fossiles, menace également notre économie et nos emplois. N’est-il pas stupéfiant de constater que le prix du baril de pétrole n’a jamais été aussi haut, de manière stable, alors même que la conjoncture économique mondiale est particulièrement mauvaise ? Nous savons que les ressources s’épuisent à une vitesse extraordinaire alors que la demande continue de croître ; nous savons par exemple que nous avons atteint le plafond de production mondiale de pétrole. Nous voilà, chose impensable il y a seulement quelques années, poussés à exploiter des ressources non conventionnelles, telles que les huiles et gaz de schistes. Nous voilà prêts, pour quelques gouttes encore, à sacrifier nos réserves d’eau, notre environnement, notre climat, nos terroirs, notre économie locale. Une fois ces maigres ressources exploitées, une fois la Terre essorée, nous serons toujours dans le même état de dépendance. Notre toxicomanie est en train de nous faire perdre la raison.

Ces trois périls -nucléaire, climat, fossiles- sont en interactions, mais aucun ne vient apporter de solution à l’autre. Ces trois périls présentent chacun des caractéristiques particulières (rythmes, ampleur, conséquences). Il est impossible de les hiérarchiser, nous devons les traiter simultanément. Nous savons en revanche avec certitude que les trois dangers majeurs affectent en premier les plus fragiles et qu’ils sont facteurs d’inégalités insupportables. Que ces trois dangers remettent en question la pérennité de la vie humaine sur Terre, au même titre que d’autres crises environnementales. Mais surtout, nous savons que les solutions face à ces trois périls sont les mêmes : ce sont les solutions de la vraie transition énergétique, à savoir le triptyque

« sobriété, efficacité, renouvelables ».

Nous, écologistes, ne sommes pas des prophètes de malheur : nous avons des solutions à proposer, des solutions concrètes qui peuvent être appliquées progressivement dès aujourd’hui. Des solutions viables techniquement et viables économiquement. Des solutions justes socialement.

Des solutions qui permettront de créer des centaines de milliers d’emplois non délocalisables et de stabiliser les factures énergétiques des ménages et des entreprises face à des prix de l’énergie conventionnelle qui s’envolent. Des solutions qui améliorent la qualité de vie et les relations humaines. Des solutions que d’autres pays ont déjà choisies. Oui, la France aussi

peut s’orienter vers la troisième révolution industrielle, au lieu de s’accrocher à un modèle du

passé. Oui, la France peut participer à la dynamique d’avenir choisie notamment en Europe par

l’Allemagne, la Suisse, le Danemark, l’Italie, l’Autriche, l’Ecosse… La question énergétique ne peut d’ailleurs plus s’envisager uniquement à une échelle nationale : elle doit l’être à celle de l’Union Européenne, et nous devons pleinement l’intégrer.


L’énergie est dans chacun de nos actes quotidiens : la transition énergétique est un moyen concret pour changer notre société.

La réduction des consommations par l’efficacité énergétique n’est pas une lubie : les potentiels technico-économiques sont identifiés, il suffirait de mettre en oeuvre les politiques adéquates pour faire de l’économie française une des plus efficaces. La réduction des consommations par la sobriété est une réponse à une société de consommation qui ne satisfait plus personne : consommer moins mais mieux, plus de liens et moins de biens, pour être plus heureux. Les énergies renouvelables ne sont pas des ressources marginales : elles peuvent parfaitement répondre à la totalité des besoins humains raisonnables à l’horizon de la moitié de ce siècle, pour un coût comparable au système énergétique actuel.

Ces solutions ne sont pas miraculeuses : elles demanderont de la volonté politique, une mobilisation de la société, de la recherche et de l’innovation, un nouvel engagement industriel, plus de justice sociale.

Mais cet effort n’a rien de différent de celui que nos aïeux ont fait pour les

révolutions industrielles précédentes : la paresse intellectuelle, la torpeur économique,

l’immobilisme politique sont du côté de ceux qui veulent rester dans le modèle du passé organisé

autour du gaspillage, des énergies fossiles et du nucléaire. Surtout, ces solutions nous offrent une

perspective concrète d’amélioration de notre économie, d’amélioration de la qualité de vie de tous,

de relation sereine avec notre environnement.

 

(Extrait de la motion "Que vive le débat sur l’énergie ! Que vive notre avenir ! Adoptée par le

CONSEIL FEDERAL d'Europe Ecologie Les Verts les17 & 18 novembre 2012 à Bobigny)

 

Publié dans politique nationale

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