Notre Dame Des Landes : un recul du gouvernement ? (suite)

Publié le par Europe Ecologie-Les Verts Hautes-Pyrénées


La création d’une « commission du dialogue » sur NDDL est un pas nouveau dont nous avons pris acte, même si les conditions de son installation ont de quoi nous inquiéter… En tout cas, la remise à plat de ce dossier est indispensable. Il y a bien longtemps qu’EELV affirme que « des interrogations subsistent malgré les concertations légales et les décisions des collectivités », comme le remarque aujourd’hui le gouvernement.

De quel symbole parle-t-on ? Parlons clair sur ce qui se passe à NDDL. S’il s’agit d’un symbole, nous ne laisserons pas les promoteurs de l’aéroport le tordre en nous caricaturant comme anti-progrès, anti-avions, anti-aménagement, promoteurs de la bougie et de la charrette à bœufs… Alors que c’est le modèle de développement tout carbone que nous contestons.

D’autres estiment que l’impact de l’aéroport sur l’environnement est limité, et que des efforts inédits le limiteront. Si nous n’étions pas parvenus à l’intensité actuelle du non-dialogue – la faute à qui ? –, si les procédures et les débats publics avaient été autrement efficaces, peut-être pourrions-nous entendre ces arguments.

Mais il reste que les signes donnés à travers ce projet, en même temps que les signes qui ne sont pas donnés globalement par la politique d’aménagement et de développement économique de ce pays, nous interdisent de négocier le « moindre mal » qu’on veut nous imposer.

Un projet de société, pour tous aujourd’hui… et demain ! Le premier ministre n’a sans doute pas eu tort de pointer qu’une question de « vision du monde » est en jeu à NDDL. Oui, à l’opposé de ceux pour qui le dogme de la sainte croissance et le karma de la crise obligent à jeter tous les principes aux oubliettes, nous croyons que ces principes seront décisifs pour construire le monde de demain.

Faut-il rappeler que l’écologie ne fait pas de la préservation de l’environnement un but en soi, mais qu’au contraire nous affirmons que la préservation de l’environnement est la condition de la survie de l’espèce humaine.

Et sommes-nous si « zozos » que cela ? Même la Banque mondiale – repaire d’extrémistes altermondialistes – décrit la « cascade de cataclysmes » qu’entraîne le réchauffement climatique à horizon 2060.

Au-delà de Notre-Dame-des-Landes… Si nous persistons et signons notre opposition au projet d’aéroport à NDDL, notre interpellation est de regarder au-delà de ce projet. La « modernité » officielle, scientiste et aménageuse n’est certes pas la nôtre, mais elle n’est pas non plus celle de nombre de militants et de sympathisants de gauche, ni celle d’un nombre grandissant de nos concitoyens qui ont imposé à tous les partis de mettre un peu de développement durable dans leurs programmes.

Mais les mots ne suffisent plus, il y a désormais un cap à franchir, un logiciel à casser et à remplacer par un autre. La doxa scientiste et l’impératif productiviste n’ont de résultats qu’immédiats (quand ils en ont !) et détruisent le potentiel d’en avoir à long terme.

A la lutte contre les égoïsmes immédiats – oui à la juste répartition des richesses ! – il faut ajouter la lutte contre l’égoïsme générationnel, l’ »après nous le déluge », de l’idéologie traditionnelle de la croissance.

Nous aussi, écologistes et responsables, croyons au développement et au progrès. Mais nous refusons de la limiter à ces actions de courte vue.

… une réelle impulsion écologique. L’urgence de l’emploi, l’exigence sociale sont aussi nos impératifs, et c’est bien pour cela que nous mettons les mains dans le cambouis de l’action gouvernementale. Mais il faut – en même temps – construire l’économie et la société de demain.

Il manque au projet de la gauche aujourd’hui au pouvoir une réelle impulsion écologique… qui serait d’ailleurs à la hauteur de l’ambition affichée par le président de la République lors de la Conférence environnementale. La transition écologique n’est pas un gadget ou un supplément d’âme : elle doit être au cœur de notre projet de transformation de société.

Dans un cadre élargi à cette échelle des vrais enjeux, nul doute que les notions d’ »utilité » et d’ »intérêt général » du projet de Notre-Dame-des-Landes seront remises à leur juste place.


Jean Philippe Magnen, porte-parole national EELV et vice-président du conseil régional des Pays de la Loire et José Bové, député européen EELV

Publié dans politique nationale

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