Retraites : un débat nécessaire

Publié le par Les Verts Hautes-Pyrénées

Faut-il sortir de l'euro pour sauver les retraites ?

Réponse d'Europe Ecologie à Jacques NIKONOFF

 

Lors de la réunion publique « unitaire » du 10 juin à la Bourse du Travail de Tarbes, Jacques NIKONOFF a largement développé un argumentaire souverainiste qui n'avait rien d'unitaire, puisqu'il se situe à l'exact opposé des positions par exemple d'Europe Ecologie.

Je n'ai pas souhaité alors m'exprimer en quelques minutes, alors qu'il avait développé sa position plus d'une heure, et que je n'avais pu de surcroît préparer une intervention sur le sujet non prévu de l'UE, puisqu'il devait être question du projet gouvernemental sur les retraites et de l'action unitaire à mener pour le bloquer.

Il faut néanmoins y revenir.

La position de Nikonoff est, comme beaucoup de constructions idéologiques, d'une logique interne imparable. Elle laisse juste de côté quelques détails qui n'en sont pas :

-Les conditions de réalisation des actions projetées

-Leurs conséquences négatives prévisibles.

Dans le monde enchanté de Jacques Nikonoff tout est possible et le projet proposé n'a que d'heureuses conséquences.


Mais cette lecture sélective de la réalité commence dès l'analyse des forces en présence.

Tout d'abord en postulant que non seulement il n'y a pas de « mouvement social européen » (ce qu'on peut à la rigueur admettre), mais qu'il ne peut pas en exister. Et de citer l'exemple de la CES (Confédération Européenne des Syndicats) qui n'aurait trouvé comme réponse aux plans d'austérité qu'une « demande de rencontre avec la Commission européenne ». Mensonge éhonté comme le montre le communiqué ci-après :

02/06/2010



« Non aux coupes sombres, oui à plus de croissance » - Journée européenne d’action

La Confédération européenne des syndicats (CES) organisera une journée européenne d’action le 29 septembre pour coïncider avec le Conseil européen des affaires économiques et financières. 

La CES organisera une mobilisation européenne en réponse à un mouvement collectif des gouvernements européens vers une diminution des dépenses publiques, à savoir l’emploi, les salaires et les pensions, à un moment où l’économie européenne reste fragile, vulnérable et en proie à une nouvelle récession. Cette réaction consistera en une grande manifestation à Bruxelles. Mais en même temps, la CES demande à ses affiliés de s’impliquer un maximum dans des actions collectives dans tous les pays de l’Union européenne. Ces actions pourraient prendre la forme d’arrêts de travail, de manifestations, de rencontres avec les ministres des finances des gouvernements etc.

On nous dira bien sûr : « cette réponse n'est pas à la hauteur, trop tardive, trop floue, etc... » La réponse tient dans la nature et l'organisation de la CES : coordination de nombreuses confédérations nationales dont la prise de décision se veut démocratique.

Et en effet, on ne peut que déplorer l'avancée trop lente vers le supranationalisme du mouvement syndical, comme de toutes les organisations sociales et politiques, afin de structurer un espace public européen portant la construction d'une démocratie européenne.

Tel est en effet l'enjeu à nos yeux, afin de faire de l'Euro une vraie monnaie unique servant de bouclier aux droits sociaux des Européens.

Car la solution proposée par Nikonoff, le retour aux monnaies nationales, ne peut que s'accompagner comme il le préconise d'ailleurs lui-même que de la mise en place de politiques protectionnistes qui annuleront de fait les vertus prêtées à cette récupération dela souveraineté monétaire. A quoi serviront les « dévaluations compétitives » censées doper les exportations, si tous les marchés extérieurs se ferment ?

Mais d'abord comment y parvenir ? Par quelle majorité politique ? Pas celle du « non au TCE » qui regroupait l'extrême-droite et l'extrême-gauche tout de même (le FN est lui aussi pour la sortie de l'euro) ? Si c'était le cas, il faudrait négocier quelques points délicats, comme les droits des étrangers...

Je n'en dirai pas plus : je propose de revenir à la réalité.


La réalité c'est la possibilité aujourd'hui de réunir un large éventail de forces syndicales, associatives et politiques sur le refus de la réforme des retraites du gouvernement Fillon : le M'Pep veut-il y travailler oui ou non ?

Au-delà de ce couac, il va falloir s'entendre entre tous les partenaires sur un code de bonne conduite : nous avons une plateforme de compromis, qui est l'appel « Exigences citoyennes ». Il ne doit pas être interdit d'aller au-delà, à condition de rester dans le périmètre du politiquement compatible entre nous. Chacun sait ou devrait savoir où il s'arrête.

Ci-après le texte de l'intervention que je devais prononcer au nom d'Europe Ecologie : à vous de juger si elle s'inscrivait bien dans ce cadre.


Intervention Europe Ecologie

à la réunion publique « retraites » du 10 juin 2010 à Tarbes


Nous nous félicitons de l'existence d'un cadre unitaire très large pour s'opposer aux projets destructeurs du gouvernement.

Nous souhaitons attirer votre attention sur un point qui pose à notre avis la question de fond du choix de société dont la question des retraites est l'objet.

Il s'agit du rapport entre les générations.


Bien sûr, à un premier niveau, la solidarité entre les générations peut et doit s'exprimer par un choix clair en faveur de la retraite par répartition : les actifs payent collectivement pour les retraités pris collectivement.


Mais au-delà de cet aspect financier, nous devons aussi poser la question de notre mode de vie basé sur la consommation et la vitesse.


Il y a un rapport, souvent mal perçu, entre cette frénésie de vitesse et de consommation et le fossé qui se creuse entre les générations.


Ce fossé est fortement illustré par la ségrégation qui est en train de s'installer autour des personnes en perte d'autonomie liée au grand âge : mises à part de la société dans des institutions plus ou moins spécialisées, elles ne sont plus considérées que comme une charge.

Plus largement, ce sont toutes les générations qui sont peu à peu enfermées dans un entre-soi, qui ajoute à la ségrégation sociale par l'habitat, déjà repérée par le sociologue Eric Maurin dans son livre « le ghetto français », une ségrégation par l'âge qui a de plus en plus, elle aussi, une dimension urbaine.

Poser donc la question de la solidarité entre les générations suppose de mettre en cause cette société de la vitesse et de la consommation où plus on gagne du temps, moins on en a, et où la satisfaction momentanée cède toujours la place à la frustration.

Les écologistes posent la question d'une société où le lien intergénérationnel serait restauré par une réappropriation de notre temps : au toujours plus et toujours plus vite, nous voulons substituer du toujours mieux et pas forcément plus vite.

Cela permettrait de rendre au travail une place plus gratifiante en permettant des transitions plus longues entre études, activité productive et retraite. Cela permettrait de créer un habitat intergénérationnel où jeunes et vieux se rencontreraient vraiment. Et cela poserait tout différemment notamment la question du rapport entre travail et temps libre, vécu aujourd'hui comme une opposition absolue, en imposant par exemple une reconnaissance sociale du bénévolat.


Au lieu de cela, en affirmant une conception punitive et concurrentielle, basée sur l'obligation de travailler plus pour gagner moins, le gouvernement attise les oppositions entre générations et enfonce chacun dans l'impasse consumériste.

En voulant aller vite pour mettre en place une réforme hâtive et mal ficelée, il crée la confusion, la peur et l'incertude sur l'avenir.


Annexe :

La crise de l'Europe et comment en sortir


Dans un texte lumineux, l'économiste Michel AGLIETTA analyse l'impasse dans laquelle se sont engagés les pays de l'Union Européenne (« Le Monde », 18 mai 2010) , mais il trace aussi les pistes d'une échappée de ce piège déflationniste mis en place par les politiques d'austérité générale. Je ne peux que citer sa conclusion :

« Le projet mobilisateur ne peut être qu'une coopération étroite dans la mise en commun de ressources humaines et technologiques pour se placer à la frontière d'une vague d'innovations portée par les économies d'énergie, la substitution vers les énergies renouvelables, la protection de l'environnement et la baisse des coûts de la santé. » Faut-il préciser que par « baisse des coûts de la santé » il ne faut pas entendre « coupes budgétaires » mais bien nouvelle approche permettant de garantir la santé humaine sans investissements démesurés dictés par des lobbies industriels, mais au contraire par des mesures basées sur une connaissance plus fine des véritables causes des pathologies modernes.

« Cela implique de sortir de la logique budgétaire comptable et de restructurer à la fois les recettes et les dépenses. » Autrement dit ne plus s'en tenir à la règle absurde « d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite non remplacé », mais aussi engager une vraie révision générale des politiques publiques basée sur la définition des besoins nouveaux et des politiques périmées ou inutiles concernant les dépenses, et sur la redéfinition de la justice fiscale concernant les recettes. Par exemple : « élargir la base fiscale et (…) annuler tous les allègements dont le seul objectif a été clientéliste. Il faut aussi créer des incitations à la réorientation de l'investissement. L'outil principal est une taxe carbone croissante dans l'ensemble de l'Europe, dont le produit doit être consacré en partie à l'investissement en recherche et développement et en partie à abaisser le coût du travail.

Elle doit être complétée par des subventions et des règlementations pour inciter aux rénovations urbaines. » Il s'agit bien d'inventer la ville écologique du futur, économe en énergie et conviviale dans son fonctionnement.

« La refonte du budget européen et l'augmentation de ses ressources dans le sens de la promotion d'une croissance verte donneraient une impulsion majeure. » Même si nous n'aimons pas beaucoup ce terme de « croissance verte », l'enjeu immédiat est bien de créer suffisamment d'emplois pour faire face à la montée dramatique du chômage. Pour cela la création d'un impôt européen et l'augmentation du budget de l'Union au-delà du ridicule 1% du PIB (contre 20% pour l'Etat fédéral américain) s'imposent.

« Enfin, l'expérience scandinave le montre clairement, il faut une priorité absolue pour l'investissement public en direction de l'éducation sur toute la vie et de la recherche. »

Michel AGLIETTA s'interroge enfin sur la capacité des gouvernements européens actuels à faire cet « aggiornamento ». Il en doute. Nous aussi. Mais la démocratie n'est-ce pas la possibilité justement de changer de gouvernement ? Aux oppositions dans tous les pays de se saisir de ces propositions et de les faire partager à une majorité de citoyens ! Car c'est bien d'une dynamique européenne dont nous avons besoin pour remettre les Gauches en capacité de projet mobilisateur.

Publié dans Europe

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